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Former les travailleurs du pétrole et du gaz mis à pied afin qu’ils profitent du boom technologique de l’Alberta

CALGARY – Shona Clarke avait travaillé plus de 20 ans comme géologue principal au sein de l’industrie pétrolière et gazière de Calgary lorsqu’elle a perdu son emploi; l’entreprise internationale pour laquelle elle travaillait ayant mis en place un plan de restructuration et de réduction de ses effectifs.

Shona Clarke à Calgary (Alberta), le 9 février 2020. Photographie de Todd Korol
Shona Clarke à Calgary (Alberta), le 9 février 2020. Photographie de Todd Korol

« Ça peut être assez troublant, explique Clarke, elle qui est née dans le sud de l’Alberta, a étudié à l’Université de Calgary et élève maintenant ses deux enfants, 10 et 15 ans, avec son mari en périphérie de la ville.

Mais c’est aussi l’occasion de se demander : ‘Je fais quoi maintenant?’ et ‘Où vais-je travailler?’. C’est le moment d’explorer comment je peux appliquer mes compétences dans l’industrie du pétrole et du gaz à d’autres secteurs. »

Clarke fait partie des milliers de travailleurs hautement scolarisés qui ont perdu leur emploi au beau milieu de leur carrière, dans l’industrie du pétrole et du gaz jadis florissante en Alberta, alors que le secteur de l’énergie est en pleine restructuration et change radicalement la nature de l’économie albertaine.

Elle s’est inscrite au nouveau programme financé par le Centre des Compétences futures – dont l’objectif est d’aider les Canadiens et Canadiennes à acquérir les compétences nécessaires dans un marché de travail en mutation – qui vise à assurer l’avenir des professionnels de l’industrie du pétrole et du gaz alors qu’ils font la transition vers les postes disponibles en technologie.

En 2015, Statistique Canada a estimé que l’Alberta avait perdu près de 20 000 emplois dans le secteur du pétrole et du gaz. Parmi les dizaines de milliers de personnes mises à pied depuis, un nombre important sont des travailleurs en milieu de carrière, hautement scolarisés et qualifiés, plusieurs avec des parcours en sciences, en technologie, en ingénierie ou en mathématiques ayant occupé des postes d’ingénieur pétrolier, d’ingénieur électricien ou de géoscientifique.

Mais à mesure que l’industrie du pétrole et du gaz se transforme, des milliers d’emplois étaient offerts dans tous les secteurs technologiques à Calgary, alors que la ville voit son industrie des technologies numériques monter en flèche. On estime à 55 % l’augmentation du nombre d’entreprises en technologie en Alberta au cours des cinq dernières années. En conséquence, les entreprises ont du mal à trouver des développeurs de logiciels, des analystes de données, des responsables du développement commercial et des gestionnaires de projets talentueux.

Le nouveau programme de formation, appelé EDGE UP (un projet de perfectionnement et de formation sur la croissance du marché numérique dans le secteur de l’énergie), est dirigé par Calgary Economic Development. Il s’adresse aux travailleurs mis à pied du secteur du pétrole et du gaz et vise à enseigner comment appliquer leurs compétences à ces emplois en technologie.

La directrice du programme, Jeanette Sutherland, affirme que nombre de ces travailleurs possèdent déjà au moins la moitié des compétences requises.

Les meilleures possibilités d’emploi en ce moment à Calgary sont les postes nécessitant des compétences dans le numérique. Plus vite nous réussirons à inscrire les gens à des programmes de perfectionnement à court terme, plus vite ils pourront poursuivre leur carrière.
Jeanette Sutherland

« Cela a été une période décourageante pour tant de membres de notre main-d’œuvre qui ont été licenciés du secteur pétrolier et gazier, affirme-t-elle.

« Les meilleures possibilités d’emploi en ce moment à Calgary sont les postes nécessitant des compétences dans le numérique. Plus vite nous réussirons à inscrire les gens à des programmes de perfectionnement à court terme, plus vite ils pourront poursuivre leur carrière. Ils se sentiront comblés et utiles, et ils contribueront à l’économie de Calgary et à celle du Canada. »

EDGE UP est un programme de quatre à cinq mois qui combine a) une formation en classe sur les compétences numériques, dispensée par la faculté d’éducation permanente de l’Université de Calgary, le Southern Alberta Institute of Technology et le Bow Valley College, b) un apprentissage par l’expérience dispensé par l’entremise de la plateforme Riipen et c) un cours de transition vers les technologies donné par le Conseil des technologies de l’information et des communications. Les coûts de formation sont couverts par le financement du projet et le programme aide également à jumeler les diplômés à des stages et à des emplois à temps plein.

« Cela semble être une excellente opportunité, explique Adrian Stroud, 54 ans, ingénieur chimiste qui a perdu son emploi chez Husky Energy après 12 ans comme inspecteur d’équipement sous pression, un poste spécialisé.

Certaines des compétences seraient nouvelles pour moi, mais il y a des chevauchements. Occuper un poste professionnel, ça donne une base que j’espère pouvoir appliquer dans une nouvelle industrie. »

Lucas Scheer, directeur général de la société d’intelligence artificielle AltaML inc. basée à Calgary, affirme que les compétences et l’expérience détenues par les travailleurs du pétrole et du gaz comme Stroud et Clarke sont hautement recherchées, mais de nombreuses entreprises n’ont pas le temps ou les ressources nécessaires pour faire en sorte que la transition vers une nouvelle industrie se fasse sans heurts pour les travailleurs.

Portrait de Shona Clarke
Shona Clarke in Calgary, Alberta February 9, 2020. Photograph by Todd Korol

EDGE UP fait ce lien, dit-il, et est donc une ressource précieuse tant pour les travailleurs que les employeurs à mesure que l’économie albertaine évolue.

« En tant que Calgarien, je suis prêt pour cette transition et j’ai confiance en notre capacité à y naviguer avec succès, déclare Scheer à propos de la transformation de l’économie de la ville. »

Pedro Barata, directeur général du Centre des Compétences futures, souligne qu’aider les travailleurs du pétrole et du gaz à diriger leurs compétences vers de nouveaux secteurs est un défi et que c’est exactement pour cela que le Centre existe.

« Bâtir notre confiance et nos compétences dans les technologies numériques est essentiel pour faciliter les changements qui ont lieu actuellement dans l’économie, mais aussi pour constituer une main-d’œuvre équipée pour les défis et les possibilités de l’avenir, explique-t-il.

Nous voulons travailler avec les chefs de file de l’industrie, les employeurs et le système de développement des compétences afin de prévoir les besoins futurs en matière de compétences et de faire en sorte que chaque Canadien et Canadienne ait les outils et le soutien dont il a besoin pour naviguer dans une économie qui évolue rapidement. »

Je crois qu’il y a des occasions à saisir dans la nouvelle réalité. Les travailleurs du pétrole et du gaz sont très compétents et ont tellement à offrir.
Shona Clarke

Clarke et Scheer voient tout le potentiel de EDGE UP pour relancer leur carrière et espèrent que leurs collègues affectés par les changements du secteur énergétique le verront également.

« Je crois qu’il y a des occasions à saisir dans la nouvelle réalité, déclare Clarke. Les travailleurs du pétrole et du gaz sont très compétents et ont tellement à offrir. EDGE UP est certainement quelque chose à prendre en compte et je suis ravie de participer à ce programme de formation phare. »

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