Polygon Created with Sketch. Accueil | Engager

Aider les travailleurs mis à pied à se reconvertir dans la fabrication de pointe

OSHAWA, Ont. – Sanjiv Uthayakumar travaillait dans l’industrie de l’imprimerie, aux commandes des presses à journaux et à dépliants depuis plusieurs années, en Ontario, lorsque le ralentissement des médias et le déclin des investissements dans la publicité, qui planaient depuis longtemps, ont commencé à menacer sa sécurité d’emploi. 

« Les gens ne lisaient plus autant le journal qu’avant, pareil pour les dépliants, dit le diplômé de 31 ans en génie électrique du Collège Sheridan à Brampton, dans l’ouest de Toronto.

En cherchant parmi les offres d’emploi, j’en ai trouvé une pour un programme qui ne nécessitait pas d’expérience et m’initierait au domaine de l’usinage CNC. J’ai postulé sur le champ. »

Sanjiv Uthayakumar
Sanjiv Uthayakumar est photographié à Moltec le lundi 10 février 2020. Crédit photo: Chris Young.

Tout comme Uthayakumar, de nombreux travailleurs et travailleuses canadiens cherchent à se réorienter ou à se perfectionner alors que leur industrie est en déclin ou en transition en raison des fluctuations économiques dans les produits et services que les consommateurs recherchent. Cela change la nature des emplois, en raison des innovations technologiques, telles que l’automatisation, la robotique et l’intelligence artificielle. 

Un nouveau programme financé par le Centre des Compétences futures, visant à aider les Canadiens et Canadiennes à acquérir les compétences dont ils ont besoin dans un marché du travail en évolution, aide les travailleurs ontariens qui ont été ou sont en danger d’être licenciés à se réorienter pour répondre à la demande dans la fabrication de pointe. 

Le Work-Based Learning Consortium, qui a déjà aidé 550 personnes de moins de 30 ans sans emploi ou sous-employées à obtenir une formation pour des emplois dans des douzaines d’entreprises de fabrication de pointe en Ontario, a annoncé un nouveau programme conçu spécialement pour aider les travailleurs à mi-carrière mis à pied à trouver des emplois qualifiés dans le secteur de l’automobile en pleine transformation au Canada.

Le Consortium collabore avec la Canadian Association of Mold Makers (association canadienne des fabricants de moules) afin de former les travailleurs licenciés à mi-carrière, en particulier ceux qui travaillaient dans l’industrie automobile dans la région d’Oshawa en Ontario, pour des emplois dans des entreprises de fabrication de moules et de moulage par injection à Toronto et dans le sud-ouest de l’Ontario, où il y a un manque important de travailleurs qualifiés avec de l’expérience. 

« Nous commençons avec la demande, dit Rod Jones, un ancien ingénieur en aérospatiale qui a contribué à créer ce programme novateur en 2014. Quelles compagnies nous diraient qu’elles ne peuvent pas embaucher les travailleurs qualifiés dont elles ont besoin et ne peuvent pas fournir une formation en milieu de travail de façon efficace? Cette perspective change la situation du tout au tout. »

Durant le programme, les travailleurs mis à pied sont évalués selon leur attitude et leurs aptitudes, puis ils sont formés dans l’atelier de fabrication pour les emplois qui répondent aux besoins des employeurs. Ils gagnent un salaire pour les six mois que dure le programme et reçoivent un certificat reconnu par tous les secteurs économiques. 

Jusqu’à présent, Jones affirme que neuf apprenants sur dix ont obtenu un emploi à temps plein. 

C’est une approche basée sur les compétences qui est utilisée en Europe, mais que personne d’autre au Canada n’utilise. Si vous séparez les tâches et les compétences de l’emploi, vous pouvez efficacement former une personne pour qu’elle occupe un nouveau type d’emploi
Rod Jones, Work Based Learning Consortium

Le programme peut aussi déterminer et procurer l’amélioration des compétences à des personnes qui travaillent, mais qui ont de la difficulté à s’ajuster aux changements technologiques. 

La clé, selon Jones, c’est de séparer les « tâches des compétences » dans l’expérience de travail passée d’un travailleur, puis de parfaire la formation nécessaire pour l’aider à appliquer ce qu’il connaît déjà à un domaine nouveau ou modifié. 

« C’est une approche basée sur les compétences qui est utilisée en Europe, mais que personne d’autre au Canada n’utilise, dit Jones. Si vous séparez les tâches et les compétences de l’emploi, vous pouvez efficacement former une personne pour qu’elle occupe un nouveau type d’emploi. »

Si le programme de formation est une réussite dans le secteur de l’automobile en Ontario, Jones affirme qu’il pourrait facilement être étendu au bénéfice de plus de travailleurs à mi-carrière et d’employeurs, partout au Canada.

Pedro Barata, directeur général du Centre des Compétences futures, dit que de relever le défi d’aider les travailleurs licenciés dans le secteur de l’automobile et d’autres entreprises manufacturières à mettre en pratique leurs compétences dans de nouveaux secteurs est la raison pour laquelle le Centre des Compétences futures existe.

Sanjiv Uthayakumar
Sanjiv Uthayakumar is pictured at Moltec on Monday, February 10, 2020. Crédit photo: Chris Young.

« Renforcer la confiance et les compétences est essentiel pour assurer les transitions qui ont lieu en ce moment même dans l’économie et constituer une main-d’œuvre prête à affronter les défis et les opportunités de l’avenir, explique Barata.

Nous voulons travailler avec les chefs de file de l’industrie, les employeurs et le système de développement des compétences pour prévoir les besoins futurs en matière de compétences et contribuer à assurer que tous les Canadiens et Canadiennes aient les outils et le soutien nécessaires pour s’adapter à une économie en évolution constante. » 

Uthayakumar nous explique comment le programme de formation a changé sa vie. 

Après avoir suivi un cours préparatoire en classe de quatre semaines, il a commencé une formation de cinq mois en milieu de travail, puis il a passé un examen écrit et pratique, et a obtenu une admission conditionnelle dans une entreprise de fabrication de pointe.

J’avais l’impression que je ne pouvais plus aller nulle part avec l’expérience et la formation que j’avais, mais ce programme a changé ma vie. Nous devons tous admettre qu’il est nécessaire de gagner un revenu et si on passe autant de temps à travailler, mieux vaut aimer ce que l’on fait.
Sanjiv Uthayakumar

Aujourd’hui, il est employé à temps plein et reçoit un salaire de base intéressant avec avantages sociaux chez Moltec International, où il utilise les compétences qu’il a acquises pour raccorder des connexions et des câbles lors de l’assemblage de pièces utilisées dans des autobus et des métros de grande puissance. De plus, le fait de savoir que ses nouvelles compétences lui ont permis de s’épanouir est tout aussi gratifiant.

« Vous pourriez aller voir ces compagnies vous-même et leur dire ‘j’apprends par moi-même, voulez-vous m’embaucher?’, dit Uthayakumar, mais vous avez une chance sur deux que ça réussisse.

J’avais l’impression que je ne pouvais plus aller nulle part avec l’expérience et la formation que j’avais, mais ce programme a changé ma vie. Nous devons tous admettre qu’il est nécessaire de gagner un revenu et si on passe autant de temps à travailler, mieux vaut aimer ce que l’on fait. »

Articles Similaires

Shelley Uvanile-Hesch with her truck in the background

Utiliser la réalité virtuelle et l’intelligence artificielle pour que les camionneurs suivent l’évolution de l’industrie du camionnage

Pour Shelley Uvanile-Hesch, devenir camionneuse longue distance était tout aussi naturel que ça l’a été pour son père avant elle. Comme lui, elle était attirée par la route, la vue surplombante sur la nature, la chance de voir les quatre coins de l’Amérique du Nord et la possibilité d’apprendre des gens qu’elle rencontrerait en chemin.
Shona Clarke in Calgary, Alberta

Former les travailleurs du pétrole et du gaz mis à pied afin qu’ils profitent du boom technologique de l’Alberta

Shona Clarke avait travaillé plus de 20 ans comme géologue principal au sein de l’industrie pétrolière et gazière de Calgary lorsqu’elle a perdu son emploi; l’entreprise internationale pour laquelle elle travaillait ayant mis en place un plan de restructuration et de réduction de ses effectifs.
Michelle Clermont poses for a photo at Parkwood Hospital

Améliorer les soins de première ligne pour les Canadiens atteints de démence

Après avoir vu sa grand-mère souffrir de démence, Michelle Clermont a décidé de quitter son emploi en soutien informatique et a fait la transition dans le secteur des soins de santé pour travailler en tant que préposée aux services de soutien personnel.
Afficher tous les projets