La fidélisation dans le secteur de la santé : Perspectives systémiques et coûts de la migration
Au cours des dernières décennies, les systèmes de santé canadiens ont enregistré des progrès remarquables, le personnel de la santé ayant mis en œuvre des interventions permettant de prolonger la vie et de sauver des vies qui ont transformé les résultats cliniques des patients dans tout le pays. Ces avancées ont engendré de nouvelles pressions. À mesure que la demande de soins augmente, les pressions sur l’avenir du système s’intensifient également.
Parmi les défis auxquels le système est confronté, la résolution de la pénurie de main-d’œuvre figure parmi les solutions les plus faciles à mettre en œuvre dans l’immédiat. Les pouvoirs publics disposent de plusieurs leviers de politiques, notamment l’élargissement des parcours de formation, le soutien à l’amélioration de la reconnaissance des titres de compétences internationaux, la modernisation du champ d’activité et le renforcement de la fidélisation du personnel. Cependant, toutes les solutions ne donnent pas de résultats au même rythme. Cela signifie que le système doit agir sur deux fronts à la fois : obtenir des résultats là où l’impact est immédiat, tout en renforçant les fondements qui garantissent la stabilité à long terme de l’effectif de la santé.
Dans ce contexte, nous avons mené une étude sur le coût du roulement de personnel et de la migration de sortie des professionnels de la santé canadiens, ainsi que sur la manière dont les organismes de réglementation et les établissements d’enseignement suivent ces départs et y réagissent. Notre approche a combiné une analyse quantitative coûts/conséquences avec des observations qualitatives tirées d’entretiens menés auprès de dix-huit représentants d’associations nationales et d’organismes de réglementation provinciaux et territoriaux, ainsi que de sept groupes de discussion réunissant 32 représentants d’établissements d’enseignement.


Perspectives clés
La migration des professionnels de la santé, tant au sein d’une même province que d’une province à l’autre et au-delà des frontières, a des répercussions mesurables sur les systèmes de santé. Les données confirment que les
professionnels de la santé se déplacent effectivement entre régions, ce qui engendre des pressions en termes de coûts et de capacités. Toutefois, le manque de données disponibles et les pratiques de collecte fragmentées et incohérentes limitent la compréhension de l’ampleur et des tendances de ce phénomène et des facteurs qui en sont à l’origine.
L’instabilité de la main-d’œuvre engendre des coûts considérables au niveau du système, coûts qui sont attribuables principalement au roulement du personnel plutôt qu’à la migration seule. Chaque professionnel de la santé qui quitte son poste entraîne des coûts liés au remplacement, estimés à entre 118 000 et 158 000 dollars par médecin et à entre 38 000 et 140 000 dollars par infirmière, que le départ se fasse au sein d’une même province, vers une autre province ou vers l’étranger.
Les décisions de migration sont motivées par un ensemble systématique de facteurs structurels et liés au milieu de travail. Les différences en matière de rémunération et de champ d’activité, l’accès à la formation continue, les perspectives d’emploi et la culture d’entreprise influent de manière importante sur la décision d’un professionnel de la santé de rester sur place, de déménager au sein du Canada ou de quitter le pays.


