Régler la crise de notre système de santé ne repose pas uniquement sur les médecins et le personnel infirmier

Quand on parle des défis du système de santé canadien, la discussion tourne souvent autour d’une seule question : Comment attirer et recruter plus de personnel?
Il nous faut absolument plus de bras. Aujourd’hui, six millions de Canadiens sont privés de médecin de famille, et les pénuries frappent l’ensemble du système de santé, des préposés aux services de soutien à la personne jusqu’aux infirmières et aux médecins. Concrètement, la situation risquera de s’empirer avant de s’améliorer. Nous sommes nombreux à avoir ressenti les effets de cette pénurie au quotidien : des heures passées dans des urgences débordées, la galère pour trouver un médecin de famille ou la quête désespérée d’un rendez-vous avec un spécialiste.
Il est tentant de voir les problèmes (et leurs solutions) de façon simpliste : poser un diagnostic facile et offrir une solution miracle.
Or, le recrutement à lui seul ne résoudra pas cette crise.
Le vécu des communautés rurales et éloignées le prouve bien. Le recrutement du personnel de santé a toujours été plus complexe hors des grands centres urbains, et les obstacles s’accumulent au fil du temps. Dans le Nord canadien, la population doit encore parcourir des centaines, voire des milliers de kilomètres pour recevoir des soins que le reste du pays juge de routine. Lors d’un récent séjour à l’Île-du-Prince-Édouard, une amie me racontait avoir cherché un médecin de famille pendant quatre ans avant d’en trouver un.
Que faut-il faire de plus, au-delà du simple recrutement? L’une des solutions consisterait à mieux utiliser nos ressources actuelles. Si la technologie peut changer la donne, elle ne constituera pas une solution miracle à elle seule.
Les avantages de la télésanté sont largement prouvés : elle permet de consulter un spécialiste plus rapidement, d’évaluer si un déplacement est vraiment nécessaire et d’améliorer l’accès aux soins, sans jamais remplacer la relation humaine au cœur de notre système. L’IA présente un potentiel tout aussi prometteur. Imaginez une technologie capable de prendre en charge les tâches répétitives, comme l’analyse d’imagerie médicale ou la tenue des dossiers. Cela libérerait du temps pour ce que seuls les humains savent faire : soigner les patients. Cela permettrait aussi d’améliorer la qualité de l’emploi des soignants en réduisant leur lourdeur administrative, plutôt que de devoir rapporter des piles de paperasse à la maison après de longues journées en clinique.
Ce que nous avons toutefois constaté, c’est que la technologie met souvent l’accent sur la construction. Créer une application, concevoir un logiciel, adapter l’IA. Déjà, les professionnels de la santé, hôpitaux et cliniques croulent sous une multitude de technologies censées “résoudre leurs problèmes” et “apporter de la valeur”.
Le vrai défi n’est pas d’adopter la technologie, mais d’instaurer la confiance quant à sa capacité à améliorer le sort des patients.
Au Centre des Compétences futures, nos travaux menés avec le Réseau universitaire de santé nous ont permis d’explorer ce que représente, concrètement, l’adoption responsable de l’IA. L’une des retombées majeures a été la création d’une Déclaration des droits en matière d’IA, reposant sur un principe fondamental : l’innovation doit améliorer les soins sans jamais ébranler la confiance.
Une autre réalité s’impose tout de même : si le milieu de la santé respecte à juste titre le principe de “ne pas nuire”, l’inaction comporte elle aussi des risques. Quand la pénurie de main-d’œuvre rallonge l’attente des patients, le statu quo devient lui-même un risque.
Le Canada n’a pas à faire un choix entre l’humain et la technologie. Les deux sont indispensables.
Concrètement, cela implique d’investir dans une IA qui vient appuyer le travail des soignants, sans jamais les remplacer. Cela passe aussi par la revalorisation des emplois en santé, notamment pour les préposés aux services de soutien à la personne. Il faut de meilleurs salaires, une protection renforcée, une vraie reconnaissance et des perspectives d’avancement plus claires.
L’avenir des soins de santé ne repose pas seulement sur le comblement des postes vacants. Cet avenir passe plutôt par la création d’un système où l’humain et la technologie collaborent, pour offrir de meilleurs emplois, des soins de qualité supérieure et de meilleurs résultats pour la population canadienne.
Les points de vue, les réflexions et les opinions exprimés ici sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue, la politique officielle ou la position du Centre des Compétences futures ou de l’un de ses membres du personnel ou des partenaires du consortium.