RAPPORT DE PERSPECTIVES DE PROJET
Perfectionner et certifier les spécialistes autochtones œuvrant auprès des jeunes et des enfants
Sommaire
Le projet « Perfectionner et certifier les spécialistes autochtones œuvrant auprès des jeunes et des enfants » visait à éliminer les obstacles auxquels sont confrontés les travailleuses et travailleurs autochtones auprès des enfants et des jeunes pour accéder aux opportunités d’études postsecondaires afin d’acquérir des compétences et de faire progresser leur carrière. Les travailleuses et travailleurs autochtones auprès des enfants et des jeunes jouent un rôle essentiel pour le soutien du développement des jeunes dans leurs communautés. Parmi les obstacles auxquels ils font face, mentionnons le manque d’accès à des programmes adaptés à leur culture, leurs ressources financières limitées, leurs contraintes de temps en raison de leurs obligations professionnelles et familiales, leur faible confiance dans l’apprentissage postsecondaire et leur méfiance à l’égard des systèmes d’éducation formels.
Le projet a été le fruit d’une collaboration entre Right To Play International et deux institutions de la Toronto Metropolitan University : la Chang School of Continuing Education et la School of Child and Youth Care. Le projet s’est concentré sur l’élaboration et la mise en œuvre d’un programme de certificat universitaire conçu et offert par des spécialistes autochtones. Le programme a utilisé une approche d’apprentissage multimodale comprenant des cours asynchrones, un coaching individuel et un stage d’apprentissage en milieu de travail dans les communautés des étudiantes et étudiants.
La cohorte initiale a eu un taux d’obtention de diplôme de 28 %, semblable à celui d’autres programmes similaires. La satisfaction des participantes et participants était élevée. L’ensemble des participantes et participants ont indiqué que le programme les a aidés à atteindre leurs objectifs professionnels, soit élaborer leur programme pour les enfants et les jeunes et faire progresser leur carrière. Le programme a été jugé pertinent et a amélioré la confiance des personnes qui y ont participé. Au total, 71 % des participantes et participants ont utilisé leurs compétences et leurs connaissances directement dans leur programmation. Le programme a rencontré des défis liés à l’accès à la technologie et à la navigation en ligne, aux différences d’expériences et d’antécédents scolaires des apprenantes et apprenants et au fait que les élèves jonglaient entre l’apprentissage et les engagements professionnels et familiaux. Une plus grande attention à ces obstacles dès le départ aurait pu améliorer la participation. Le soutien de l’employeur s’est avéré important pour mobiliser et retenir les personnes dans le programme.
Les perspectives tirées de ce programme de certificat sont pertinentes pour les pratiques et les politiques futures en matière d’éducation postsecondaire pour les apprenantes et apprenants autochtones. Plus précisément, elles sont pertinentes pour les personnes qui cherchent à se perfectionner et à obtenir des titres universitaires tout en conservant un emploi dans leur communauté d’origine.
Perspectives clés
La première cohorte du projet « Perfectionner et certifier les spécialistes autochtones œuvrant auprès des jeunes et des enfants » a atteint un taux d’obtention de diplôme de 28 %, et sept des 25 personnes inscrites ont terminé le programme. Bien qu’inférieur aux objectifs, ce chiffre correspond à ceux de programmes de certificat similaires.
La plupart des étudiantes et étudiants ont déclaré que le programme était directement lié à leur travail, avait accru leurs connaissances et leur confiance et les avait motivés à poursuivre des études et à développer leur carrière. L’accès à la technologie est demeuré un obstacle pour certaines personnes.
Le programme d’études, élaboré et présenté par des spécialistes autochtones, a été bien accueilli. Le programme comprenait un mélange d’apprentissages asynchrones, d’encadrement individualisé et d’apprentissages en milieu de travail dans les communautés des apprenantes et apprenants.
L’enjeu
Les travailleuses et travailleurs autochtones auprès des enfants et des jeunes jouent un rôle crucial dans le bien-être des jeunes dans leurs communautés. Les intervenantes et intervenants auprès des jeunes utilisent des approches adaptées à la culture et des ressources communautaires pour aider les enfants et les jeunes à acquérir des compétences qui leur permettront de se développer positivement à l’âge adulte. Ce travail est particulièrement important, car les jeunes Autochtones constituent un groupe démographique relativement important et croissant : les enfants et les jeunes âgés de 14 ans et moins représentent 25 % de la population autochtone totale du Canada, comparativement à 16 % dans la population non autochtone (en 2021).
Pourtant, les travailleuses et travailleurs autochtones se heurtent à des obstacles en matière de formation professionnelle et de perfectionnement. Ils n’ont pas facilement accès à l’éducation postsecondaire ou aux possibilités de perfectionnement dans leur communauté d’origine. La formation offerte n’est souvent pas culturellement adaptée à leur travail. Parmi les autres obstacles à la formation universitaire, citons les ressources financières limitées, la gestion des obligations professionnelles et familiales et la méfiance à l’égard des systèmes éducatifs formels. Cet enjeu touche les populations autochtones de partout au Canada, y compris des communautés des Premières Nations, des Métis et des Inuits.
Ce manque d’opportunités a des implications immédiates et futures. La capacité de perfectionner leurs compétences améliorera le travail actuel des travailleuses et travailleurs auprès des enfants et des jeunes et influencera la mobilité professionnelle future, en particulier s’ils obtiennent un certificat d’un établissement d’enseignement postsecondaire. En fait, selon les estimations du gouvernement fédéral, plus de 70 % des emplois créés au cours de la prochaine décennie nécessiteront des études postsecondaires.
L’Indigenous Child and Youth Engagement Certificate (certificat en engagement des enfants et des jeunes autochtones) a été conçu pour combler cette lacune par Right To Play, la Chang School of Continuing Education et la School of Child and Youth Care de la Toronto Metropolitan University.

Ce que nous examinons
Le programme de certificat en engagement des enfants et des jeunes autochtones a été conçu pour améliorer les compétences et certifier les intervenantes et intervenants autochtones auprès des enfants et des jeunes tout en éliminant les obstacles à l’accès à l’éducation.
Le programme a adopté une approche d’apprentissage mixte, comprenant des cours asynchrones, un soutien de coaching personnalisé et une expérience pratique d’apprentissage en milieu de travail dans les communautés des participantes et participants. Les apprenantes et apprenants autochtones ont pu obtenir des crédits universitaires grâce à un programme d’études adapté à la culture tout en conservant un emploi dans leur communauté d’origine.
Le programme d’études a été élaboré et offert par un corps professoral autochtone. Il s’est attaqué aux obstacles éducatifs propres aux apprenantes et apprenants autochtones, notamment les contraintes financières, le manque de confiance et la méfiance à l’égard du système d’éducation. Pour obtenir un certificat, il fallait suivre quatre cours obligatoires, soit deux théoriques et deux expérientiels. Pour le stage d’apprentissage en milieu de travail, les étudiantes et étudiants devaient planifier et mettre en œuvre un minimum de huit heures de programmes axés sur les résultats pour les enfants et les jeunes.
Right To Play a fourni des mesures globales pour améliorer la réussite des élèves grâce à une formation expérientielle en personne et à un encadrement individualisé à distance et en personne. Ces composantes ont permis de doter les travailleuses et travailleurs auprès de la jeunesse des compétences nécessaires pour offrir des programmes participatifs adaptés aux enfants. La Chang School of Continuing Education a géré l’inscription des étudiantes et étudiants et assuré l’administration, tandis que la School of Child and Youth Care a élaboré les cours.
Les questions examinées au cours de l’élaboration et de la mise en œuvre de ce programme étaient les suivantes :
- Que faut-il pour que les établissements et les organisations offrent efficacement et en collaboration un programme de certificat en éducation et en apprentissage en milieu de travail ?
- Quelles sont les possibilités de développer un programme réussi ?
- Quel est l’impact du programme de certification multimodal sur la prestation du programme ?
- Quels sont les facteurs facilitants et les obstacles à la réussite ?
- Une expérience positive de l’apprentissage universitaire en ligne encouragera-t-elle les étudiantes et étudiants à poursuivre leurs études ?
Pour mesurer l’impact du programme, les responsables du programme ont mené des sondages au début et à la fin afin d’évaluer les changements dans les connaissances, les attitudes et les comportements des participantes et participants en ce qui concerne les résultats en matière de compétences essentielles.
Ce que nous apprenons
Les deux premières cohortes du programme de certificat en engagement des enfants et des jeunes autochtones ont présenté des résultats positifs et des défis distincts. Dans l’ensemble, le programme a été bien accueilli par les spécialistes autochtones œuvrant auprès des enfants et des jeunes et a été jugé pertinent pour leur carrière. L’appui de l’employeur s’est avéré essentiel à la réussite de leur participation. Une meilleure préparation aux défis technologiques et à la diversité des origines des apprenantes et apprenants aurait pu améliorer le programme.
Les taux d’obtention de diplôme étaient faibles, mais conformes à ceux de programmes similaires
Le projet comportait deux cohortes de janvier à décembre 2022 et de janvier à août 2023. Dans la première cohorte, 25 élèves se sont inscrits et sept l’ont terminé, ce qui a donné lieu à un taux d’obtention de diplôme de 28 %. Ce taux était comparable à celui de programmes autochtones similaires au Canada et à d’autres programmes de certificat professionnel offerts par la Chang School. Cependant, seul un des 15 participants de la deuxième cohorte a terminé le programme, ce qui donne un taux d’obtention de diplôme de 6 %. La deuxième cohorte avait un horaire comprimé avec des cours d’été, ce qui a peut-être été peu pratique et a entrainé une baisse du taux d’obtention de diplôme.
Le programme a eu un impact positif sur les répondantes et répondants
Les sondages à la fin de la première cohorte ont montré des résultats positifs dans les domaines de la satisfaction des étudiants, de la confiance et de la pertinence par rapport à la pratique et aux objectifs de carrière.
Sur un échantillon de sept répondants, 86 % ont fait l’éloge de l’expertise des prestataires de formation et 71 % étaient prêts à recommander le programme à d’autres. Cependant, 71 % ont indiqué que le contenu du cours n’était pas toujours organisé, clair et facile à suivre. L’ensemble des participantes et participants se sentaient plus en confiance dans leur rôle de mentorat communautaire et de travail auprès des enfants et des jeunes. Tous et toutes ont indiqué que le programme les avait aidés à atteindre leurs objectifs professionnels d’élaboration de leurs programmes pour les enfants et les jeunes.
Le programme a également eu un impact positif sur leurs pratiques professionnelles. Au total, 71 % avaient déjà commencé à mettre en œuvre les compétences et les connaissances acquises, comme le soutien à la santé mentale de leurs collègues ou des jeunes dans leurs programmes. Les cours ont amélioré leurs connaissances, notamment en intégrant des activités ludiques, basées sur le territoire, culturelles ou linguistiques dans la programmation. En réponse à ces programmes, on a même rapporté avoir constaté des réactions positives chez les enfants et les jeunes avec lesquels les participantes et participants travaillent. Tous et toutes ont exprimé une motivation accrue pour la poursuite de leurs études et ont reconnu le soutien du programme dans leur développement et leur avancement professionnels.
Le soutien de l’employeur a permis aux étudiantes et étudiants de rester dans le programme et d’appliquer ce qu’ils avaient appris à leur travail. Le soutien a pris la forme d’encouragements et de reconnaissance ; les employeurs ont manifesté un véritable intérêt pour le perfectionnement et l’apprentissage de leur personnel.
Le programme a été confronté à divers défis
Bien que le programme ait été conçu pour éliminer les obstacles auxquels se heurtent les apprenantes et apprenants autochtones, il a été confronté à des défis imprévus qui pourraient être abordés dans les programmes futurs. Il s’agit notamment de l’accès inégal à la technologie, des problèmes de communication entre les élèves et l’école, des différences dans les antécédents scolaires des élèves et de la nécessité pour les élèves de trouver un équilibre entre les cours et leurs obligations professionnelles et familiales.
En ce qui concerne la technologie, certains ont trouvé la plateforme en ligne difficile à naviguer et à utiliser. L’accès à l’infrastructure technologique variait également d’une personne à l’autre. Un autre inconvénient était l’absence d’un groupe de pairs qui aurait pu encourager et soutenir, ce qui aurait particulièrement aidé les personnes qui ne connaissaient pas bien l’éducation postsecondaire.
La diversité des milieux éducatifs a également rendu les cours plus difficiles pour certaines personnes. La plupart des participantes et participants avaient fait des études ou obtenu une certification, comme un enseignement collégial ou un enseignement dispensé par un Aîné, tandis que quelques personnes n’avaient pas d’éducation formelle et d’autres avaient un baccalauréat. L’emploi du temps serré du programme et l’équilibre entre les cours et les responsabilités personnelles et professionnelles ont été des obstacles pour plusieurs participantes et participants. En ce qui concerne le recrutement, un des problèmes était que le programme n’offrait pas une proposition de valeur claire liée au développement de carrière.
Pourquoi c’est important
Le projet contient des leçons pertinentes pour d’autres initiatives postsecondaires en ligne destinées aux apprenantes et apprenants autochtones, ainsi que des implications plus vastes en matière de politiques. Une des principales réussites a été la création d’un programme d’études élaboré et offert par des spécialistes autochtones. Les participantes et participants ont estimé que le programme était pertinent pour leur milieu et ont été en mesure d’appliquer directement les apprentissages à leur travail. Cette approche de l’élaboration des programmes d’études pourrait être appliquée à d’autres contextes.
Le projet a également démontré que le modèle d’apprentissage multimodal composé d’un apprentissage académique, d’un encadrement personnalisé et d’une expérience pratique directe et axée sur la communauté a un impact positif sur l’engagement et la pertinence. Ce succès suggère que le modèle pourrait être utilisé dans d’autres contextes où les efforts d’éducation sont dirigés vers les groupes mal desservis.
Une autre leçon importante est l’importance du soutien de l’employeur et des expériences d’apprentissage en milieu de travail. Ces facteurs ne se sont pas contentés de renforcer les savoir-faire existants, ils ont également accru les chances d’obtenir un poste stable et favorisé l’épanouissement individuel.

État des compétences :
Améliorer les perspectives de carrière et le bien-être des jeunes Canadiens et Canadiennes
Les perspectives d’emploi des jeunes (soit généralement la tranche d’âge des 15-24 ans) et leurs résultats sur le marché du travail se caractérisent par leur nature cyclique, c’est-à-dire que l’emploi des jeunes est affecté de manière disproportionnée par les ralentissements économiques, comparativement aux adultes.
Les défis liés aux faibles taux de rétention et d’obtention de diplôme n’étaient pas propres à ce programme et ont mis en évidence les obstacles que d’autres établissements d’enseignement postsecondaire, ainsi que les responsables politiques pourraient surmonter.
Les apprenantes et apprenants autochtones se heurtent à des obstacles à l’éducation tout au long de leur vie. Pour créer un point de départ plus équitable, l’évaluation des capacités dès le début du programme et la préparation académique ou le soutien à la navigation technologique auraient pu améliorer l’implication et la rétention. Des ressources supplémentaires offrant un soutien global auraient également pu être profitables pour les participantes et participants en l’absence d’une communauté d’apprentissage en personne.
L’infrastructure technologique est une question plus vaste qui met en évidence la nécessité de politiques garantissant l’accès aux ressources essentielles. Relever les défis de l’accès à Internet est pertinent non seulement pour les programmes éducatifs, mais aussi pour les stratégies gouvernementales ou sectorielles plus vastes visant à renforcer l’inclusion numérique.
La mise en œuvre de ce modèle montre le potentiel de développement et d’adaptation de cadres similaires dans diverses régions et contextes éducatifs. L’élimination des obstacles cernés par des ajustements aux programmes et aux politiques pourrait améliorer l’accessibilité aux programmes d’éducation postsecondaire et leur efficacité pour les populations autochtones.
RTP Evaluation Report (The Chang School Section)
Indigenous Child and Youth Engagement Certificate Program: Learning Report
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Comment Citer Ce Rapport
Boskov, S. (2025). Rapport de perspectives de projet — Perfectionner et certifier les spécialistes autochtones œuvrant auprès des jeunes et des enfants. Right to Play International. Toronto : Centre des Compétences futures. https://fsc-ccf.ca/fr/projets/upskill-youth-practitioners/
Perfectionner et certifier les spécialistes autochtones œuvrant auprès des jeunes et des enfants est financé par le gouvernement du Canada dans le cadre du programme Compétences futures. Les opinions et les interprétations contenues dans cette publication sont celles de l’auteur et ne reflètent pas forcément celles du gouvernement du Canada.