RAPPORT DE PERSPECTIVES DE PROJET
Immigration et économie : l’expérience des personnes immigrantes et la perception de leur impact
Immigration et économie : l’expérience des personnes immigrantes et la perception de leur impact
Sommaire
L’immigration occupe depuis longtemps une place centrale dans la stratégie économique et démographique du Canada, mais l’opinion publique a évolué ces dernières années. Les Canadiens sont désormais plus nombreux à estimer que le niveau d’immigration est trop élevé, même si la majorité d’entre eux continuent d’en reconnaître les avantages économiques. Ce projet s’appuie sur les données de la huitième vague de l’Enquête nationale sur l’emploi et les compétences, menée en mars et avril 2025 auprès de 5 603 répondants dans l’ensemble des provinces et territoires. Les données comprenaient des immigrants de première génération, des enfants d’immigrants et des personnes non immigrantes, ce qui a permis d’établir une comparaison directe entre ces groupes.
Les résultats révèlent une situation complexe. Si la majorité des Canadiens estiment que les seuils d’immigration sont trop élevés (70 %), ils sont également une majorité à reconnaître l’impact positif de l’immigration sur l’économie du pays (58 %). Les immigrants de première génération s’avèrent plus optimistes que ceux de deuxième génération et que les personnes non immigrantes (61 % contre 45 %). De plus, les nouveaux arrivants perçoivent de manière particulièrement positive l’apport économique de l’immigration. Parallèlement, les personnes immigrantes se disent plus préoccupées par la sécurité de l’emploi, l’automatisation et les pressions extérieures, notamment les tarifs douaniers américains.
Ces constats sont essentiels : ils mettent en lumière tant la valeur accordée à l’immigration que les obstacles qui freinent le plein potentiel des compétences des immigrants. Pour les décideurs politiques et les intervenants du milieu, ces données soulignent l’importance de s’attaquer au sous-emploi, à la discrimination et à la reconnaissance des diplômes, tout en mettant en lumière le fait que le rôle économique de l’immigration bénéficie toujours d’un solide appui au sein de la population.
Perspectives clés
Sept Canadiens sur dix (70 %) estiment que les seuils d’immigration sont trop élevés; pourtant, plus de la moitié (58 %) affirment parallèlement que celle-ci renforce l’économie du pays. Cela démontre que les inquiétudes liées aux volumes d’accueil coexistent avec la reconnaissance de leur valeur économique.
Les immigrants se montrent nettement plus optimistes que les personnes non immigrantes. En effet, six immigrants de première génération sur dix (61 %) estiment que l’immigration est bénéfique pour l’économie, contre moins de la moitié des non-immigrants (45 %). Cet optimisme est encore plus marqué chez les nouveaux arrivants, bien que ce groupe exprime également les plus vives inquiétudes face à la sécurité de l’emploi.
Les avis divergent fortement selon l’âge et le niveau d’études. En effet, près des deux tiers des diplômés universitaires (64 %) et plus de la moitié des jeunes de moins de 35 ans (55 %) estiment que l’immigration est bénéfique pour l’économie, contre seulement 42 % des Canadiens plus âgés et 39 % des personnes ayant au plus un diplôme d’études secondaires.
L’enjeu
L’immigration a de tout temps été perçue comme un moteur essentiel de la croissance du Canada, les gouvernements et les employeurs mettant en avant son rôle face au vieillissement de la population et aux pénuries de main-d’œuvre. Cependant, l’opinion publique a évolué depuis la pandémie. Pour la première fois en vingt ans, une majorité de Canadiens estiment désormais que le seuil d’immigration est trop élevé. Cette évolution a coïncidé avec des problèmes d’abordabilité, des pressions sur le marché du logement et des réorientations politiques. Le Plan des niveaux d’immigration 2025-2027 du gouvernement fédéral réduit de 20 % les admissions de résidents permanents et plafonne le nombre de résidents temporaires, marquant un net revirement par rapport aux objectifs de croissance précédents.
Malgré ces inquiétudes, les personnes immigrantes continuent de jouer un rôle central au sein de la population active. Les immigrants de première génération affichent souvent un niveau d’études moyen supérieur à celui des travailleurs nés au Canada, mais leur taux d’emploi et leurs revenus demeurent inférieurs. Les professionnels formés à l’étranger, en particulier dans les domaines de la santé et des STIM, se retrouvent fréquemment au chômage ou sous-employés. Les descendants d’immigrants font aussi face à des barrières, notamment sur le plan identitaire, ainsi qu’aux dures réalités de l’intégration au marché du travail. Ces embûches et ces discriminations nuisent grandement à leur sentiment d’appartenance. Ces tendances mettent en lumière le fossé entre les impératifs économiques du Canada et les résultats réels en matière d’immigration.
Parallèlement, le débat public tend souvent à simplifier à l’extrême les attitudes à l’égard de l’immigration. Bien que les inquiétudes concernant les seuils d’immigration se soient accrues, la façon dont les Canadiens perçoivent l’apport économique de celle-ci demeure méconnue, tout comme les divergences d’opinions selon la génération d’immigrants. Ce projet vise à combler cette lacune par l’analyse de données d’enquêtes nationales, afin de mieux comprendre les perceptions entourant le rôle économique de l’immigration ainsi que l’expérience sur le marché du travail des immigrants eux-mêmes.

Ce que nous examinons
L’initiative visait à analyser les perceptions des Canadiens (immigrants, enfants d’immigrants et non-immigrants) à l’égard des volumes d’immigration, de la contribution économique, des débouchés professionnels et de la conjoncture économique globale. Cette étude a porté tant sur les attitudes générales que sur les réalités professionnelles propres aux groupes d’immigrants, en s’intéressant tout particulièrement à l’influence de l’expérience vécue sur les points de vue.
Cette recherche s’est articulée autour des questions suivantes :
- Comment varient les perceptions des immigrants, des enfants d’immigrants et des non-immigrants quant aux seuils d’immigration et à leur apport à l’économie ?
- Dans quelle mesure les expériences vécues en milieu de travail et la conjoncture économique globale influencent-elles ces perceptions ?
Pour répondre à ces questions, le projet a utilisé les données du Sondage sur l’emploi et les compétences, mené par l’Institut Environics en partenariat avec l’Institut de la diversité et le Centre des Compétences futures. La huitième vague d’enquête, menée du 12 mars au 15 avril 2025, a été réalisée auprès de 5 603 répondants : 1 233 immigrants de première génération (dont 582 arrivés récemment), 1 015 immigrants de deuxième génération et 3 286 non-immigrants. Le suréchantillonnage des jeunes Canadiens, des groupes racialisés ainsi que des résidents des petites provinces et des territoires a permis d’assurer la représentativité d’une grande diversité de points de vue.
Cette approche a fourni une occasion unique de comparer les perspectives des immigrants et des non-immigrants au sein d’un même ensemble de données. L’étude a aussi permis d’évaluer comment les facteurs socio-économiques (scolarité, âge, revenus, région et milieu de travail) s’articulent avec le statut migratoire pour modeler les perceptions de l’économie et du marché de l’emploi.
Ce que nous apprenons
Les résultats indiquent que les attitudes à l’égard de l’immigration sont teintées d’inquiétudes, mais témoignent également d’une reconnaissance de ses retombées positives. Sept Canadiens sur dix estiment que les seuils d’immigration sont trop élevés; pourtant, la majorité d’entre eux considèrent également que l’immigration renforce l’économie. L’optimisme est particulièrement marqué chez les immigrants récents; près des trois quarts d’entre eux croient que l’immigration est avantageuse pour l’économie nationale, contre moins de la moitié chez les non-immigrants.
Les différences générationnelles sont manifestes. Les immigrants de première génération se disent plus satisfaits de leur vie au Canada et sont davantage convaincus de l’apport de l’immigration; toutefois, ils expriment aussi une plus grande anxiété face à la sécurité de l’emploi, à l’automatisation et aux pressions économiques externes. Les immigrants de deuxième génération sont moins enclins à percevoir l’immigration comme un apport positif pour l’économie, et se montrent plus pessimistes quant aux perspectives d’emploi. Les non-immigrants occupent une position intermédiaire; s’ils s’avèrent moins inquiets face aux pressions économiques externes, ils perçoivent également de façon limitée les retombées positives de l’immigration.
Le niveau de scolarité et l’âge influent également sur les perspectives. L’apport économique de l’immigration est perçu de manière beaucoup plus positive par les diplômés universitaires et les jeunes Canadiens que par les populations moins scolarisées ou plus âgées. La suffisance du revenu et l’adhésion syndicale sont également associées à des attitudes plus positives.
L’un des principaux enseignements à retenir est que le soutien au rôle économique de l’immigration coexiste avec des inquiétudes quant aux seuils d’immigration ainsi qu’avec une anxiété économique généralisée. Ces résultats suggèrent que les opinions ne se limitent pas à une posture binaire à l’égard de l’immigration, mais qu’elles sont plutôt façonnées par l’expérience vécue, les réalités professionnelles et la conjoncture économique globale.
Pourquoi c’est important
Les résultats de ce projet revêtent une grande importance, car ils ébranlent les discours simplistes entourant l’immigration. Bien que de nombreux Canadiens s’inquiètent des seuils d’immigration, la majorité continue d’en reconnaître la valeur économique. Cette dualité souligne l’importance de dissocier les débats sur les seuils d’immigration de ceux sur l’impact économique lors de l’élaboration des politiques et des pratiques.
Pour les intervenants du milieu, les données probantes mettent en évidence tant des occasions à saisir que des défis à relever. Les employeurs et les prestataires de services peuvent s’appuyer sur la forte conviction quant aux retombées économiques de l’immigration, tout en s’attaquant aux obstacles liés au sous-emploi, à la discrimination et à la reconnaissance des acquis qui freinent la contribution des immigrants. La reconnaissance de l’apport économique de l’immigration par une majorité de Canadiens renforce la confiance des organisations désireuses de diversifier leur capital humain.
Pour les décideurs politiques, ces conclusions indiquent qu’une baisse des seuils d’immigration pourrait aller à l’encontre des réalités économiques globales. Les besoins de main-d’œuvre du Canada demeurent criants, et le talent des immigrants continue d’être sous-utilisé. Afin que l’immigration concrétise pleinement son potentiel économique, il est crucial de mettre en place des politiques d’intégration fortes, notamment par la reconnaissance rapide des compétences, des formations sur mesure et des dispositifs antidiscriminatoires. Les résultats montrent également que les attitudes varient selon la génération, le niveau de scolarité et la sécurité économique, ce qui souligne l’importance d’adapter les politiques aux différents groupes.

État des compétences : Ce qui fonctionne pour l’intégration des personnes nouvellement arrivées
Integration
Malgré le succès global du système d’immigration du Canada, un certain nombre de défis persistent. Comparativement à d’autres pays, la mobilité sur le marché du travail des personnes nouvellement arrivées au Canada n’est pas aussi élevée que d’autres dimensions de l’intégration des migrantes et migrants.
En bref, l’étude met en évidence la centralité de l’immigration pour l’économie du Canada, tout en soulignant la persistance de freins à une pleine intégration. Il sera essentiel de surmonter ces obstacles tout en faisant valoir les retombées de l’immigration pour renforcer tant la résilience économique que la confiance du public.
Prochaines étapes
Le suivi longitudinal des perceptions à l’égard de l’immigration offrirait un éclairage précieux, au gré de l’évolution de la conjoncture économique et des politiques publiques. Ces résultats soulignent également l’importance de continuer à veiller à ce que les données probantes soient bien comprises et guident les politiques publiques. De plus, il importe de continuer à suivre l’intégration des immigrants au marché du travail, de même que leur contribution à l’entrepreneuriat, à la propriété d’entreprises et au commerce international. La poursuite des travaux sur les pratiques d’embauche, la reconnaissance des compétences acquises à l’étranger, la formation linguistique, les mesures d’aide globales et l’intégration des immigrants au marché du travail s’avère cruciale pour éviter le gaspillage des compétences, des qualifications et des talents. Ces constats peuvent guider la formation, les pratiques des employeurs et l’élaboration des politiques, renforçant ainsi le rôle de l’immigration comme moteur de croissance et d’innovation.
Immigration et économie : l’expérience des personnes immigrantes et la perception de leur impact
Perspectives du CCF
Plus de CCF
Perfectionnement et recyclage des compétences des travailleurs et des travailleuses de la santé au Canada
Assurer l’avenir de l’alimentation par les technologies agricoles
Une perspective d’équité en matière d’intelligence artificielle
Des questions sur notre travail ? Souhaitez-vous avoir accès à un rapport en anglais ou en français ? Veuillez contacter communications@fsc-ccf.ca.
Comment Citer Ce Rapport
Diversity Institute. (2026) Rapport sur les perspectives du projet : Immigration et économie : l’expérience des personnes immigrantes et la perception de leur impact. Toronto : Centre des Compétences futures. https://fsc-ccf.ca/fr/recherche/immigration-economy-experiences/
Immigration et économie : l’expérience des personnes immigrantes et la perception de leur impact est financé par le gouvernement du Canada dans le cadre du programme Compétences futures. Les opinions et les interprétations contenues dans cette publication sont celles de l’auteur et ne reflètent pas forcément celles du gouvernement du Canada.


