Comblez le fossé des compétences : Comment les changements dans la collecte des données du PIAAC limitent notre compréhension des compétences, et que faire pour combler cet écart à l’avenir

Alors que l’engouement initial suscité par la publication de la deuxième série de données du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC) par l’OCDE retombe, le moment est venu d’examiner ces données de manière plus attentive et réfléchie. Ces données constituent assurément une source précieuse d’enseignements, qui devrait aider les éducateurs, les décideurs politiques et les praticiens du développement des compétences à élaborer de meilleures stratégies pour mobiliser la main-d’œuvre, valoriser leurs compétences et mettre en œuvre des politiques et des programmes visant à les renforcer. Dans le même temps, la deuxième série de données du PIAAC présente certaines limites que les analystes et autres parties prenantes devront prendre en compte lorsqu’ils chercheront à poser et à répondre à des questions clés sur les compétences des adultes canadiens. Quelles sont ces limites et comment pourraient-elles influencer les types de questions que nous pouvons poser ainsi que les réponses que nous pouvons obtenir ?
Contraintes liées aux données démographiques
La recherche canadienne utilisant les données du cycle 1 de l’enquête PIAAC a révélé des données intéressantes sur les inégalités en matière de compétences parmi les peuples autochtones, les immigrants récents et d’autres groupes au Canada. Il semble que les recherches fondées sur les données du cycle 2 se heurteront à des obstacles plus importants lorsqu’il s’agira d’analyser les différences de compétences entre les groupes – et qu’elles apporteront donc moins au discours et à la pratique du Canada en matière de compétences. Les données publiques de Statistique Canada pour le cycle 2 manquent manifestement de données démographiques au-delà des catégories du sexe, de l’âge et de la profession. Même si des données démographiques supplémentaires seront probablement disponibles dans les mois à venir, nous devrions nous attendre à moins de répartitions démographiques dans le cycle 2 par rapport au cycle 1 en raison d’une lacune essentielle : un échantillon de taille beaucoup plus réduite.
Échantillon réduit
Le cycle 1 de l’enquête PIAAC s’est déroulé en trois phases entre 2011 et 2018 (les données du Canada ayant été collectées en 2012) et a permis d’interroger environ 245 000 personnes dans le monde entier. Le Canada s’est distingué en recueillant l’échantillon le plus important des 39 pays participants, avec un total de 27 285 répondants. En fait, le Canada a suréchantillonné de nombreuses sous-populations et régions pour permettre une analyse détaillée et désagrégée des compétences des autochtones et des immigrants, ainsi que des différences par province et région.
Le cycle 2 du PIAAC est beaucoup plus limité à cet égard. La collecte de données du cycle 2 canadien (qui a débuté en 2022 et a été diffusée en décembre 2024) n’a généré que 11 697 réponses, soit moins de la moitié du nombre de réponses recueillies lors du cycle 1. L’échantillon le plus récent est également dépourvu du suréchantillonnage ciblé de régions et de groupes qui constituait une caractéristique extraordinairement précieuse du premier cycle. Certes, la collecte des données a été entravée par la pandémie de la COVID-19. Peu de personnes étaient disposées à laisser les enquêteurs entrer chez elles pour administrer des évaluations de plusieurs heures, et il était difficile de trouver des partenaires fiables pour la collecte des données. En conséquence, si l’échantillon du cycle 2 est suffisamment important pour permettre diverses analyses de base, les analyses démographiques et régionales nuancées en pâtiront.
Limites longitudinales
Le passage du cycle 1 au cycle 2 aura également une incidence sur les perspectives d’analyse longitudinale. Pour de nombreux chercheurs, l’un des principaux avantages potentiels d’un deuxième cycle PIAAC est la possibilité d’analyser l’évolution des compétences dans le temps. Bien qu’une partie de ce travail soit encore possible, l’optimisme a été affaibli par les données publiées.
La taille réduite de l’échantillon rend certains points de comparaison plus difficiles à établir, notamment en ce qui concerne les ventilations régionales et démographiques. En outre, les modifications apportées à l’enquête elle-même rendent certaines analyses longitudinales plus difficiles, voire impossibles, à réaliser. Par exemple, alors qu’au cycle 1, l’enquête évaluait la résolution de problèmes dans un environnement riche en technologies (PS-TRE), le cycle 2 est passé à une nouvelle mesure de la résolution de problèmes : la résolution de problèmes adaptative (APS). La raison d’être de ce changement est solide – il s’agit de s’assurer que les compétences que nous mesurons restent en phase avec les réalités sociales et économiques, mais il réduit les possibilités de comprendre comment l’état de certaines compétences évolue au fil du temps.
Des bleus, mais pas de coups
Malgré les lacunes des données du cycle 2 par rapport à celles du cycle 1, le PIAAC offre toujours une occasion unique et solide à la communauté des compétences de mieux comprendre et d’améliorer la performance globale du Canada en matière de compétences. Il y a beaucoup à faire avec les données et notre programme de recherche canadien PIAAC prochain présentera quelques possibilités et priorités. Toutefois, les chercheurs qui souhaitent obtenir des données plus récentes devront tenir compte de ces lacunes.
En prévision du prochain cycle de l’enquête PIAAC, le Canada serait bien avisé de commencer à travailler dès maintenant sur des stratégies visant à améliorer la collecte de données et à garantir que la prochaine édition soit conçue pour aider à répondre aux questions qui importent à la population canadienne. Comme le démontrera notre programme de recherche PIAAC au Canada, les données PIAAC peuvent nous aider à comprendre et à élaborer de meilleures stratégies pour améliorer la productivité, la croissance, la santé et le bien-être. Cependant, la qualité des données sur lesquelles reposent les idées et les stratégies ne peut être supérieure à celle des données. Si le Canada veut vraiment améliorer les résultats sociaux et économiques, il doit s’engager à fond dans le cycle 3 du PIAAC.
Les points de vue, les réflexions et les opinions exprimés ici sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue, la politique officielle ou la position du Centre des Compétences futures ou de l’un de ses membres du personnel ou des partenaires du consortium.