RAPPORT DE PERSPECTIVES DE PROJET

Compétences linguistiques et outils de traduction pour les adultes

Emplacements

Québec

Publié

Juin 2026

Collaborateur

Auteurs du rapport :
Jack Jedwab, président-directeur général de l’Association d’études canadiennes
Wendy Cukier – Fondatrice et directrice académique, Institut de la diversité; professeure, Entrepreneuriat et innovation, Université métropolitaine de Toronto
Liam Donaldson, chargé de recherche, Institut de la diversité

Contributors:
Joy Wang – Assistant de recherche, Institut de la diversité

Sommaire

La maîtrise de l’une des deux langues officielles du Canada (l’anglais et le français) est essentielle à quiconque souhaite s’intégrer pleinement à la société canadienne. Les travaux de recherche démontrent le potentiel de l’IA à l’appui de l’apprentissage des langues. Parallèlement, l’IA stimule le développement d’une gamme d’outils facilitant tant la traduction de documents écrits que la communication en temps réel, ce qui peut s’avérer un atout comme un frein pour l’apprentissage des langues. Les outils d’intelligence artificielle, notamment les applications de traduction automatique (TA), se généralisent dans les milieux d’apprentissage des langues. 

Ce rapport examine l’utilisation des outils de traduction automatique au Québec en analysant les résultats d’un sondage en ligne mené auprès de 1 000 personnes par l’Association d’études canadiennes en septembre 2023. L’enquête a révélé que les participants utilisaient l’IA pour surmonter les barrières linguistiques, accéder à des informations et s’orienter dans les domaines professionnel, juridique et médical. L’analyse des données montre que les immigrants utilisent la traduction automatique et y font davantage confiance que les personnes nées au Canada, ce qui met en relief la possibilité d’intégrer ces outils aux programmes de formation linguistique destinés aux nouveaux arrivants.

Perspectives clés

Les personnes interrogées nées à l’étranger étaient plus enclines à utiliser des outils de traduction que celles nées au Canada (60 % contre 51 %). Les personnes interrogées nées à l’étranger étaient également plus nombreuses que celles nées au Canada à penser que la traduction automatique (TA) réduira les barrières linguistiques entre les différentes communautés (65 % contre 51 %).

L’analyse des données met en évidence une tendance marquante : les immigrants ont davantage recours à la traduction automatique (TA) et lui accordent une plus grande confiance que les personnes nées au Canada, ce qui souligne l’opportunité d’intégrer la TA comme outil complémentaire dans les programmes de formation linguistique destinés aux nouveaux arrivants.

Nous soulignons l’importance d’évaluations telles que la nôtre, car elles peuvent éclairer l’utilisation de la traduction automatique et d’autres outils d’IA dans le cadre de l’apprentissage des langues.

L’enjeu

La maîtrise de l’une des langues officielles du Canada (l’anglais et le français) influence l’accès à l’éducation, à l’emploi et à la vie communautaire. Cependant, de nombreux adultes, en particulier les immigrants et les nouveaux arrivants, se heurtent à des obstacles persistants en matière d’acquisition linguistique. Au Québec, le français s’impose comme langue principale : 74,8 % de la population l’a comme langue maternelle et 93,7 % ont une connaissance du français permettant de le parler. Pourtant, le Québec compte également une importante population anglophone : 7,6 % des résidents ont l’anglais comme langue maternelle, et environ la moitié de la population de la province (51,7 %) est en mesure de le parler. Par ailleurs, près de la moitié de la population de la province (46,4 %) est bilingue français-anglais (Statistique Canada, 2025). Compte tenu de cette diversité linguistique, ce projet se penche sur la manière dont les outils de traduction automatique (par exemple, Google Translate, Bing Translator, DeepL, ChatGPT, etc.) peuvent soutenir l’acquisition du français et de l’anglais au sein des différents groupes linguistiques du Québec.

Person working at a desktop computer in a bright office while colleagues collaborate in the background.

Ce que nous examinons

Ce projet examine l’utilisation, le degré de confiance et les perceptions à l’égard des outils de traduction automatique (TA) chez les adultes du Québec en vue de soutenir l’acquisition des langues. Le projet comprend une analyse documentaire offrant un cadre de référence sur les technologies de TA, y compris les systèmes de traduction neuronale et les grands modèles linguistiques, tout en abordant leurs avantages et leurs défis potentiels. Le projet examine également l’utilisation des outils de traduction automatique au Québec en analysant les résultats d’un sondage en ligne mené auprès de 1 000 personnes par l’Association d’études canadiennes en septembre 2023. Cette enquête revêt une importance capitale : elle constitue une évaluation majeure de l’utilisation de la traduction automatique (TA) au sein d’une population québécoise caractérisée par sa diversité linguistique, alors même que l’IA progresse rapidement dans l’apprentissage des langues.

Ce que nous apprenons

Dans l’ensemble, les résultats du sondage offrent un éclairage essentiel sur l’utilisation de la traduction automatique (TA) chez les personnes nées au Canada et les immigrants, ainsi que chez les francophones, les Anglophones et les Allophones :

  • Les personnes interrogées nées à l’étranger étaient plus enclines à utiliser des outils de traduction que celles nées au Canada (60 % contre 51 %).
  • Les personnes interrogées nées à l’étranger étaient plus nombreuses que celles nées au Canada à penser que la traduction automatique réduira les barrières linguistiques entre les différentes communautés (65 % contre 51 %)
  • Dans l’ensemble, 80 % des participants à l’enquête estimaient que l’apprentissage assisté par ordinateur avait amélioré leur maîtrise de la langue étrangère. Les cinq groupes interrogés ont tous fait état de niveaux de conviction similaires (77 à 83 %).
  • Parmi l’ensemble des personnes interrogées, l’utilisation la plus courante de la traduction automatique (TA) consistait à assimiler des informations (59 %), suivie par la diffusion d’informations (41 %) et les interactions facilitées par la traduction (24 %). Cet ordre de préférence était le même chez les personnes interrogées nées au Canada et à l’étranger, qu’elles soient francophones ou anglophones. Cependant, les allophones avaient davantage tendance à recourir à la traduction automatique (TA) pour la diffusion d’informations (48 %) que pour leur assimilation (44 %).
  • Tous les groupes de personnes interrogées accordaient une plus grande confiance aux humains qu’aux outils de TA pour transposer des textes d’une langue à l’autre. Cependant, près de la moitié (47 %) des personnes interrogées faisaient autant confiance aux humains qu’aux outils de traduction automatique.
  • Les personnes interrogées nées à l’étranger étaient plus enclines que celles nées au Canada à faire confiance à la traduction automatique (TA) à des fins de divertissement (74 % contre 70 %), ainsi que dans les milieux professionnel (75 % contre 64 %), juridique (49 % contre 37 %) et médical (57 % contre 49 %)
  • Les allophones étaient plus enclins que les francophones et les anglophones à faire confiance à la traduction automatique (TA) à des fins de divertissement, ainsi que dans les domaines juridique et médical. Cependant, les anglophones avaient davantage tendance à faire confiance à la traduction automatique (TA) dans le cadre professionnel. Les francophones, les anglophones et les allophones faisaient tous preuve d’un niveau de confiance similaire envers la traduction automatique (TA) à des fins pédagogiques.
  • Les personnes interrogées nées à l’étranger étaient nettement plus enclines que celles nées au Canada à utiliser la traduction automatique (TA) pour traduire : de l’anglais vers une langue autre que le français; d’une langue autre que le français vers l’anglais; et d’une langue autre que l’anglais vers le français. Il en allait de même pour les allophones par rapport aux francophones et aux anglophones.
  • Parmi les immigrants, ceux qui déclaraient avoir une bonne connaissance de l’anglais étaient plus enclins que ceux qui affichaient une très bonne connaissance de cette langue à utiliser des outils de traduction basés sur l’apprentissage automatique (79 % contre 56 %), à recourir à un outil de traduction automatique (TA) pour des interactions facilitées par la traduction (39 % contre 8 %) et à estimer que la TA peut contribuer à améliorer la maîtrise d’une langue seconde (87 % contre 80 %). Cependant, les immigrants déclarant avoir une très bonne connaissance de l’anglais étaient plus enclins à penser que la traduction automatique (TA) permettrait de réduire les barrières linguistiques entre les différentes communautés (70 % contre 62 %).

Pourquoi c’est important

Le Canada investit massivement dans la formation linguistique par le biais d’initiatives financées par le gouvernement fédéral, telles que les cours Language Instruction for Newcomers to Canada (LINC) et Cours de langue pour les immigrants au Canada (CLIC). Toutefois, l’accès à la formation linguistique se heurte souvent à des limites, notamment dans les collectivités rurales et éloignées où les capacités de prestation de services et les infrastructures de connectivité à haut débit sont sous-développées. De plus, de nombreuses personnes font face à des obstacles à l’apprentissage des langues liés à la connectivité Internet haut débit, à la littératie numérique, aux transports, à la rigidité des horaires de travail et aux responsabilités familiales. Dans ce contexte, il est possible d’améliorer la conception et la mise en œuvre des programmes de formation linguistique en tirant parti de technologies telles que la traduction automatique (TA) et d’autres outils basés sur l’intelligence artificielle.

Les conclusions de ce sondage revêtent une grande importance pour les décideurs, les bailleurs de fonds, les prestataires de formation linguistique, les organismes d’accueil et d’établissement, les employeurs ainsi que les concepteurs de technologies qui façonnent l’accès à la formation linguistique pour les adultes, en particulier les nouveaux arrivants et les minorités linguistiques, au Québec et dans le reste du Canada.

État des compétences :
Ce qui fonctionne pour l’intégration des personnes nouvellement arrivées

Malgré le succès global du système d’immigration du Canada, un certain nombre de défis persistent. Comparativement à d’autres pays, la mobilité sur le marché du travail des personnes nouvellement arrivées au Canada n’est pas aussi élevée que d’autres dimensions de l’intégration des migrantes et migrants.

Dans la pratique actuelle, les résultats du sondage montrent que les outils de traduction automatique (TA) s’inscrivent au cœur de la manière dont les Québécois évoluent dans les milieux du travail, de l’éducation, de la santé et de la justice, où le bilinguisme accentue souvent les exigences linguistiques. La traduction automatique ne doit donc pas être considérée simplement comme une technologie émergente, mais plutôt comme un outil essentiel pour de nombreux apprenants en langues dans la province. Ces constats soulignent le besoin de politiques publiques favorisant l’apprentissage des langues par le numérique, assorties de directives claires quant à l’usage éthique et adéquat de la TA et des autres technologies basées sur l’IA. Les organisations et les pouvoirs publics qui omettent de prendre en considération la façon dont les apprenants en langues utilisent les technologies risquent de concevoir des services qui s’écartent de leur réalité vécue. En revanche, celles qui intègrent une utilisation de la technologie fondée sur des données probantes peuvent améliorer les résultats en matière d’apprentissage des langues. Les progrès rapides de la traduction automatique (TA) et d’autres outils propulsés par l’intelligence artificielle (IA) transforment profondément l’apprentissage des langues; les politiques publiques doivent donc évoluer en conséquence pour refléter les pratiques linguistiques réelles.

Prochaines étapes

À la lumière des recherches et de l’analyse présentées dans ce rapport, nous proposons plusieurs recommandations pour optimiser l’intégration de la TA au sein des programmes de formation linguistique canadiens.

  • Favoriser l’intégration de la traduction automatique (TA) dans les programmes de formation linguistique, en l’employant comme un outil complémentaire plutôt qu’en remplacement de l’enseignement direct ou de la traduction humaine.
  • Élaborer des formations ciblées, destinées tant aux formateurs qu’aux apprenants, sur l’utilisation efficace et éthique des outils de traduction automatique (TA), en mettant l’accent sur leurs atouts, leurs limites et les risques associés.
  • Sensibiliser les utilisateurs dans les milieux professionnels, juridiques et médicaux aux problèmes potentiels de fiabilité liés à la traduction automatique.
  • Soutenir le développement et l’adoption de la traduction automatique (TA) adaptée à la diversité des origines linguistiques des immigrants canadiens, y compris les allophones.
  • Encourager les partenariats entre les instances gouvernementales, le secteur technologique et les services d’accueil et d’établissement pour mettre en commun les meilleures pratiques et s’assurer de l’adéquation des solutions de TA avec les besoins des apprenants.
  • Mener des recherches complémentaires et procéder à des évaluations régulières des programmes afin de suivre l’efficacité de la traduction automatique (TA), les résultats des apprenants et la satisfaction des utilisateurs.

Rapport de recherche complet

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Compétences linguistiques de l’adulte et outils de traduction : Premières constatations au Québec

Rapport de Perspectives

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Comment Citer Ce Rapport
Institut de la diversité. (2026) Rapport sur les perspectives du projet : Compétences linguistiques et outils de traduction pour les adultes. Toronto : Centre des Compétences futures. https://fsc-ccf.ca/fr/recherche/language-skills-translation-tools/