Un diplôme universitaire en vaut-il le coût ? Perspectives canadiennes et américaines

Un diplôme universitaire en vaut-il le coût ? Est-ce un investissement rentable, même s’il nécessite un prêt étudiant ?
Cette question suscite aujourd’hui de vifs débats aux États-Unis. En 2023, un article du Wall Street Journal soulignait la perte de confiance des Américains envers les études universitaires, un constat qui reflète l’inquiétude croissante face aux frais de scolarité, à la dette étudiante et aux incertitudes du marché du travail. Plus récemment, une étude du Pew Research Center a révélé que seulement 22 % des Américains estiment qu’un diplôme universitaire en vaut le coût, même s’il faut contracter un prêt étudiant.
De même, au Royaume-Uni, une récente manchette du Guardian révélait qu’« un tiers de la population estime désormais qu’un diplôme ne vaut plus le temps ni l’argent investis. » Selon les conclusions les plus récentes de l’enquête British Social Attitudes, l’article indiquait que :
« La proportion de personnes qui estiment qu’un diplôme ne vaut pas le temps et l’argent investis est passée de 14 % en 2005 à 34 % en 2025. En conséquence, la proportion de personnes qui estiment que ceux qui font des études universitaires finiront par être bien mieux lotis financièrement que ceux qui n’en font pas a chuté, passant de 50 % à 36 %. »
Qu’en pensent les Canadiens ?
Pour le savoir, nous avons décidé de poser la même question que celle posée par Pew Research aux États-Unis, ce que nous avons fait dans le cadre de la dernière vague de l’Enquête sur l’emploi et les compétences. Cette enquête est réalisée par l’Institut de recherche Environics, en collaboration avec l’Institut de la diversité de l’Université métropolitaine de Toronto et le Centre des Compétences futures.
Nos données révèlent que les Canadiens sont généralement plus nombreux que les Américains à juger un diplôme universitaire rentable, même s’il implique de souscrire un prêt étudiant. En particulier :
- En effet, 34 % des Canadiens, comparativement à seulement 22 % des Américains, estiment qu’un diplôme universitaire en vaut la peine, même s’il faut contracter une dette d’études.
- À l’inverse, les Américains (47 %) sont plus nombreux que les Canadiens (38 %) à estimer qu’un diplôme en vaut la peine uniquement s’il ne nécessite aucun prêt.
- Aux États-Unis, 29 % des adultes estiment qu’un diplôme universitaire ne vaut absolument pas l’investissement, comparativement à 20 % au Canada.

Au Canada, les plus jeunes (31 %) sont moins nombreux que leurs aînés (40 %) à estimer qu’un diplôme universitaire en vaut la peine, même s’il faut contracter un prêt pour le financer. Cependant, des proportions similaires de jeunes Canadiens et de Canadiens plus âgés estiment qu’un diplôme ne vaut absolument pas l’investissement (19 % et 17 %, respectivement). Cela signifie que les jeunes Canadiens sont légèrement plus nombreux à estimer qu’un diplôme universitaire en vaut la peine uniquement s’il ne nécessite aucun prêt étudiant.
Aux États-Unis, les jeunes sont légèrement moins nombreux que leurs aînés à estimer qu’un diplôme ne vaut absolument pas l’investissement, qu’il nécessite un prêt ou non.
Fait intéressant, les Canadiens âgés de 30 à 49 ans sont les plus nombreux à estimer qu’un diplôme universitaire ne vaut absolument pas l’investissement, quelles que soient les circonstances (26 %, comparativement à 19 % chez les 18 à 29 ans et à 17 % chez les 50 ans et plus) Les Canadiens de cette tranche d’âge pourraient être particulièrement sensibles à la question du rendement des études supérieures, ayant été confrontés à la fois à des hausses des frais de scolarité et à des pressions sur le marché du travail au cours de leur vie professionnelle.

De plus, les réponses varient selon le niveau d’études. Plus précisément, au Canada, les personnes diplômées de l’université sont beaucoup plus nombreuses à estimer que leur formation en vaut le coût, même avec des prêts étudiants (46 %), comparativement à celles qui possèdent un diplôme d’études secondaires ou un niveau d’études inférieur (29 %). Seuls 12 % des diplômés universitaires estiment qu’une formation semblable à la leur ne valait pas l’investissement.
La situation est semblable aux États-Unis, où les Américains titulaires d’un diplôme universitaire d’au moins quatre ans sont beaucoup plus nombreux que ceux ayant un niveau d’études inférieur à estimer que les études en valent le coût, même s’il faut contracter des prêts (32 %, comparativement à 17 %). Il convient toutefois de noter qu’une proportion plus importante de Canadiens estiment que le coût des études universitaires en vaut la peine, même avec des prêts, par rapport aux Américains, et ce, quel que soit leur niveau de scolarité. Au Canada, 25 % des personnes ayant un niveau d’études secondaire ou inférieur estiment qu’un diplôme ne vaut absolument pas la peine, contre 36 % aux États-Unis.

Enfin, on observe un écart selon le niveau de revenu dans la perception de la valeur d’un diplôme universitaire. Les Canadiens à faible revenu (26 %) sont beaucoup moins nombreux que ceux à revenu élevé (41 %) à estimer qu’un diplôme universitaire en vaut le coût, même avec un prêt étudiant. Ces constats revêtent une importance particulière compte tenu des récentes modifications apportées au Programme d’aide financière aux étudiants de l’Ontario (PAFO), lesquelles réduisent la part d’aide accordée sous forme de bourses et accroissent la dépendance aux prêts étudiants. Si la perception de la valeur des études universitaires varie selon le besoin d’emprunter, de telles modifications pourraient influer sur la façon dont les étudiants potentiels issus de ménages à faible revenu évaluent le rapport coûts-avantages de l’obtention d’un diplôme.

L’enquête sur l’emploi et les compétences
Les données de cet article sont tirées de la 9e vague de l’Enquête sur l’emploi et les compétences. Cette enquête est réalisée par l’Institut de recherche Environics, en collaboration avec l’Institut de la diversité de l’Université métropolitaine de Toronto et le Centre des Compétences futures. Ce volet de l’étude repose sur un sondage mené auprès de 5 671 Canadiens de 18 ans et plus, réalisé du 24 mars au 28 avril 2026 dans l’ensemble des provinces et territoires. Elle a été réalisée en ligne (dans les provinces) et par téléphone (dans les territoires). De plus amples renseignements sur le sondage sont disponibles sur le site web de l’Environics Institute. Les auteurs sont seuls responsables de toute erreur de présentation ou d’interprétation.
L’enquête sur l’emploi et les compétences est principalement financée par le Centre des Compétences futures du gouvernement du Canada.
Qu’est-ce que l’Environics Institute for Survey Research ? Pour en savoir plus, cliquez ici.
Publié à l’origine sur Canadian Survey Stuff substack.
Les points de vue, les réflexions et les opinions exprimés ici sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue, la politique officielle ou la position du Centre des Compétences futures ou de l’un de ses membres du personnel ou des partenaires du consortium.