Repérez le ressac: La perception réelle des employés envers les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion au travail

Les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (ÉDI) en milieu de travail font aujourd’hui face à des critiques tant politiques que médiatiques : un phénomène marqué aux États-Unis, mais qui se fait aussi sentir ici, au Canada.
Dans ce contexte, il est important de souligner que ces politiques d’ÉDI sont loin de faire l’objet d’une controverse parmi les employés eux-mêmes.
Le Sondage sur l’emploi et les compétences a récemment interrogé les travailleurs canadiens sur les politiques d’ÉDI, définies comme les « efforts déployés par certains employeurs pour recruter des personnes de diverses origines ethnoculturelles, de différents genres, groupes d’âge ou orientations sexuelles, et pour favoriser l’équité en milieu de travail1 ». Le sondage révèle que :
- 54 % des répondants voient d’un bon œil l’importance accordée à l’ÉDI au travail, alors que 27 % affichent une opinion neutre et que seulement 16 % y voient une mauvaise chose;
- 46 % affirment que leur entreprise ou organisation accorde une attention satisfaisante à l’ÉDI, alors que 22 % estiment qu’elle n’en fait pas assez et 26 % qu’elle en fait trop;
- Près de la moitié (46 %) des répondants affirment que l’approche de leur employeur en matière d’ÉDI a eu un effet positif sur leurs propres perspectives professionnelles. Par ailleurs, 35 % n’ont ressenti aucun impact, et seulement 12 % signalent un impact négatif.
En somme, la grande majorité des travailleurs se disent favorables ou neutres, alors qu’une infime proportion d’entre eux se montre critique.
C’est toutefois en analysant les critiques de plus près que la situation devient particulièrement intéressante. Si seulement 12 % de l’ensemble des travailleurs canadiens estiment avoir été freinés par l’approche de leur employeur en matière d’EDI, on pourrait s’attendre à ce que ce chiffre soit bien plus élevé chez certains groupes, disons… plus « privilégiés ».
Examinons les données de plus près. Voici une comparaison des réponses entre les hommes et les femmes, suivie d’une comparaison entre les personnes qui s’identifient comme racialisées et celles qui s’identifient comme blanches.


Ni les hommes ni les travailleurs canadiens blancs ne semblent se sentir davantage lésés par les politiques d’ÉDI que les femmes ou leurs homologues des communautés racialisées. Je ne pense pas que l’écart de quatre points de pourcentage (dans les proportions signalant un impact négatif dans chaque cas) constitue réellement un ressac.
Toutefois, peut-être n’avons-nous pas encore assez creusé la question. Grâce au soutien de nos partenaires de recherche, l’Institut de la diversité et le Centre des Compétences futures, la taille de l’échantillon nous permet d’analyser les données avec une plus grande précision. Les résultats présentés dans le graphique ci-dessous portent d’abord sur l’ensemble de la population active, pour ensuite s’attarder au genre, à l’identité raciale, à l’orientation sexuelle et à l’âge.2

Voyez-vous un ressac se dessiner ? Personnellement, non.
Il ne fait aucun doute que les opinions varient selon le groupe d’âge. Les travailleurs plus âgés sont moins susceptibles de percevoir un impact positif des politiques d’ÉDI (un constat qui s’applique aux aînés en général, et non seulement aux hommes blancs plus âgés). On observe toutefois que les opinions se déplacent principalement vers une position neutre (aucun impact). La proportion d’hommes blancs hétérosexuels de 50 ans et plus affirmant que les politiques d’ÉDI ont nui à leurs propres perspectives n’est que de cinq points de pourcentage supérieur à la moyenne.
Il y a certainement beaucoup à dire sur la façon dont les employeurs et les employés s’adaptent à la diversité croissante de la population active au Canada. Les politiques aux meilleures intentions ne sont pas toujours bien appliquées. Les déclarations de principe ne sont pas toujours suivies d’effets dans les faits. Nous avons encore tous beaucoup à apprendre.3
Cela dit, les données de l’enquête suggèrent que, dans l’ensemble, on ne perçoit guère de malaise croissant chez les Canadiens face aux mesures prises par les employeurs pour promouvoir la diversité, l’équité et l’inclusion au travail.
1 Les questions de l’enquête, y compris la définition de l’ÉDI, ont été calquées sur celles du Pew Research Center aux États-Unis. Consultez leur rapport et leur questionnaire de 2024 à l’adresse suivante : https://www.pewresearch.org/short-reads/2024/11/19/views-of-dei-have-become-slightly-more-negative-among-us-workers/
2 La taille des échantillons pour chaque groupe est la suivante : moyenne = 3 538; hommes = 1 853; hommes blancs = 908 ; hommes blancs hétérosexuels = 807; hommes blancs hétérosexuels âgés de 50 ans et plus = 192.
3 Il est également essentiel de ne pas écarter les opinions divergentes quant à l’impact de l’ÉDI sur le milieu de travail ou les perspectives professionnelles, sous prétexte qu’elles sont minoritaires. Ce n’est pas mon intention. Il est juste de préciser que les Canadiens de tous horizons sont plus enclins à percevoir ces mesures de manière positive que négative. Cela ne nous dispense pas pour autant de nous intéresser de plus près au vécu de ceux qui expriment un désaccord.
Les données de cet article sont tirées de la huitième vague de l’Enquête sur l’emploi et les compétences. L’auteur est seul responsable des erreurs de présentation ou d’interprétation. Cette enquête est réalisée par l’Institut de recherche Environics, en collaboration avec l’Institut de la diversité de l’Université métropolitaine de Toronto et le Centre des Compétences futures.
La huitième vague de l’étude portait sur un échantillon de 5 603 Canadiens adultes; le sondage a été mené en ligne dans les provinces et par téléphone dans les territoires, du 12 mars au 15 avril 2025. De plus amples renseignements sur le sondage sont disponibles sur le site web de l’Environics Institute.
The Survey on Employment and Skills is funded primarily by the Government of Canada’s Future Skills Centre / L’enquête sur l’emploi et les compétences est principalement financée par le Centre des Compétences futures du gouvernement du Canada.
Qu’est-ce que l’Environics Institute for Survey Research? Pour en savoir plus, cliquez ici.
Les points de vue, les réflexions et les opinions exprimés ici sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue, la politique officielle ou la position du Centre des Compétences futures ou de l’un de ses membres du personnel ou des partenaires du consortium.